Publié:21 août 2020
Project: Fellowship d'Action Canada 2018-2019
À chaque année, les fellows d’Action Canada écrivent une tribune dans le contexte du programme dans le but de comprendre comment utiliser ce format pour avoir un impact sur les politiques publiques. Ce texte de Kharoll-Ann Souffrant ’20 a paru dans La Presse le 10 juillet 2020.
Je suis survivante.
J’ai été agressée sexuellement par un adulte en position d’autorité en contexte sportif alors que j’étais mineure. Ce n’est pas #metoo qui m’a encouragée à dénoncer. Plutôt, c’est le mouvement #BlackLivesMatter et les manifestations récentes contre le racisme anti-Noirs qui m’ont donné la force de nommer ma vérité après 10 ans de silence.
La violence que j’ai vécue était multidimensionnelle. Certes, mon jeune âge, mon genre et les rapports de pouvoir qui en découlent ont teinté mon expérience. Or, j’ai également été la cible de propos dénigrants pendant plusieurs années venant de mon agresseur sur la couleur de ma peau et mon statut socioéconomique.
Mon agresseur se moquait régulièrement du quartier où je vivais qu’il qualifiait de « ghetto ». Il me dénigrait moi et ma famille parce que j’ai été élevée par une mère seule au foyer.
Il m’a dit à plusieurs reprises avoir honte d’être vu en public avec moi parce que je suis noire. Il m’a conseillé de ne jamais aller en Haïti, malgré mon souhait de visiter la terre de mes ancêtres, car il estimait que c’est « un pays de fous ». Mon agresseur n’était pas un homme noir. Or, il avait une obsession malsaine pour la couleur de ma peau, obsession qu’il m’exprimait à tout vent sans que je sache comment y répondre autrement que par un silence empreint de confusion.
Bien que marquée à vie par cette expérience traumatique, je me libère de ses chaînes. Je n’ai plus honte. Je refuse de m’excuser d’exister. Ce qui est arrivé n’était pas de ma faute. J’ai de la valeur. Mon agresseur avait la responsabilité de faire la promotion du sain développement des jeunes, responsabilité à laquelle il a lamentablement failli. Je méritais mieux.
Aujourd’hui, je n’écris pas pour recevoir de la pitié ou des conseils. Je m’exprime pour mettre un visage sur une réalité trop peu abordée au Québec. Je prends également la parole pour défendre l’adolescente que j’étais que personne n’a défendue ou n’a été en mesure de défendre.
La résurgence des dénonciations sur les réseaux sociaux pointe vers un mal social endémique. Des récits comme le mien, j’en entends sur une base quotidienne de mes amies depuis mon enfance, en tant qu’intervenante et travailleuse sociale, dans les endroits où je suis amenée à donner des conférences ainsi que dans le cadre de mes travaux de recherche. Ces violences traversent toutes les sphères de la vie en société : les écoles, les centres sportifs, les universités, le milieu artistique et culturel, le travail, l’armée et la famille pour ne nommer que ceux-là. Comme l’a écrit Mélanie Thivierge, directrice générale du Y des femmes dans La Presse en décembre 2019, « Cette violence, elle est partout ». Sa proposition d’une commission en lien avec ce problème social mérite sérieuse considération.
La pointe de l’iceberg
Certes, les dénonciations sur les réseaux sociaux ont des conséquences sur les plans personnel, familial, juridique et social qui nécessitent réflexion. Décider de garder le silence a aussi ses conséquences. Or, le message qu’il faut comprendre de cette nouvelle vague est que notre société force insidieusement les personnes survivantes dans l’étroiture d’un entonnoir. C’est le symptôme d’une méfiance à l’égard du système judiciaire en matière de violence sexuelle. C’est en raison du manque d’options adaptées, accessibles et personnalisées aux besoins des personnes survivantes que nous en sommes encore là aujourd’hui. Malgré #metoo en 2017. Malgré #AgressionNonDénoncée en 2014. Et des vagues comme celles-ci, il y en aura d’autres. Nous n’en sommes toujours qu’à la pointe de l’iceberg.
Notre société faillit à prévenir les violences sexuelles et à protéger les victimes. Nous sommes collectivement responsables de cette crise de confiance. Il existe un écart entre l’égalité de droit et l’égalité de fait en matière de violences sexuelles. Un changement de fond et de culture s’impose.
Nous devons collectivement élargir le champ des possibles en matière de justice et de réparation, et ce, au-delà du système de justice criminelle qui tend à revictimiser les personnes survivantes, notamment les femmes survivantes des communautés noires.
Le Québec a la capacité de faire mieux. Nous pouvons faire office d’exemple et donner le ton dans cette lutte, car les violences sexuelles sont un fléau mondial persistant en 2020. Soyons visionnaires et ambitieux. Faisons partie de la solution, chacun à notre manière. Ayons le courage de renverser l’entonnoir vers une plus grande ouverture. Saluons les récents changements législatifs comme l’abolition de la prescription pour dénoncer une agression sexuelle au civil ou encore l’adoption de la Loi visant à prévenir et à combattre les violences sexuelles dans les établissements d’enseignement supérieur. Cela est signe d’une évolution sociétale. Or, il nous reste beaucoup de pain sur la planche.
Cette discussion collective est difficile, inconfortable, mais nécessaire. Elle est amorcée et doit se poursuivre. Nous devons être plus robustes dans ce combat et nous montrer solidaires de toutes les personnes survivantes. Nous devons lutter contre ce fléau sur plusieurs fronts tant dans ses formes les plus visibles qu’insidieuses. Tout comme le racisme anti-Noirs, les violences sexuelles sont systémiques. Il est capital d’expliciter davantage l’enchevêtrement de ces formes d’oppression, elles qui tendent à être évacuées des politiques publiques et des programmes en matière de violences sexuelles dans la province. Nous ne luttons pas uniquement pour les personnes survivantes d’aujourd’hui et d’hier, mais aussi pour la société de demain.
* Sa thèse porte sur les mouvements #AgressionNonDénoncée et #moiaussi de la perspective des femmes noires au Québec.
Rapports
Combler l’écart entre l’immigration urbaine et rurale au Canada pour un établissement équilibré
Un rapport d’Action Canada
L’immigration à l’ère du télétravail : les défis et les possibilités pour le Canada
Nous nous penchons ici sur l’intersection de ces deux sujets : l’immigration et le télétravail. En s’appuyant sur la documentation existante et sur des entrevues, nous proposons des recommandations avec des initiatives envisageables et des suggestions de recherches à entreprendre à l’avenir.
Nous vivons tou.te.s sur des terres autochtones : établir une relation de confiance dans le processus d’immigration au Canada
Les nouveaux-arrivants doivent en apprendre davantage sur l'histoire et les réalités autochtones. Cette nouvelle recherche vise à appuyer de telles relations et le partage de la réalité.
Options de politiques adaptées au milieu pour l’entrepreneuriat dans un Canada post-COVID
Alors que les Canadien.ne.s attendent avec impatience la relance économique et que les gouvernements annoncent une nouvelle normalité, peu de signaux ont été donnés quant à son contexte politique, et encore moins quant au rôle des petites entreprises et des entrepreneurs et entrepreneuses dans la stratégie post-COVID. Avec l’horizon maintenant en vue, comment les gouvernements peuvent-ils agir rapidement pour donner un coup de pouce aux petites entreprises et aux entrepreneurs et entrepreneuses qui mènent leurs activités dans des conditions et emplacements géographiques divers et qui font chacun et chacune face à des défis particuliers?
Cultiver la prochaine récolte d’agriculteurs.trices canadien.ne.s
La pandémie de la COVID-19 a mis en évidence des lacunes fondamentales dans notre système agricole. Pour la première fois depuis des générations, de nombreux.euses Canadien.ne.s ont vu des étagères vides dans des épiceries et ont pleinement pris conscience des défis auxquels fait face notre système alimentaire national. Il s’est ensuivi des éclosions de la COVID-19 dans des exploitations agricoles et des usines de transformation des viandes, ainsi que des retards et blocages en lien avec l’arrivée des travailleurs.euses étrangers.ères temporaires. La pandémie met en lumière les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement alimentaire du Canada et l’importance d’un secteur agricole résilient.
Une stratégie pour l’économie des plateformes au Canada : soutenir une gouvernance axée sur le milieu pour un avenir du travail plus résilient et inclusif post-COVID
Les progrès dans les mégadonnées, les algorithmes et l’informatique en nuage au courant de la dernière décennie ont contribué à l’émergence et à l’omniprésence au Canada de plateformes numériques. Que ce soit par le biais d’Uber, Airbnb, Amazon, Etsy ou Shopify, un nombre croissant de travailleurs et d’entreprises canadiens interagissent au sein de marchés qui existent sur des plateformes et sont contrôlés par elles. Ce phénomène que l’on appelle l’émergence de l’économie des plateformes, a des implications majeures pour l’avenir du travail au Canada. Par ailleurs, la pandémie de COVID-19 a encore accéléré cette tendance car plus de Canadien.ne.s que jamais se tournent vers les plateformes numériques pour gagner leur vie.
Plus qu’un refuge : l’implication valorisante des réfugiés pris en charge par le gouvernement dans l’avenir du travail
Il est important que le Canada veille à accompagner adéquatement les réfugiés récemment arrivés dans leur transition réussie vers un emploi viable. L’évolution du marché du travail au Canada risque d’aggraver les défis auxquels se heurtent les réfugiés qui s’y sont installés. Cette situation concerne notamment les réfugiés pris en charge par le gouvernement (RPG), qui sont ceux qui semblent éprouver le plus de difficulté à trouver du travail. Nous faisons six recommandations au gouvernement du Canada pour un meilleur soutien aux RPG afin que ceux-ci aient de meilleurs résultats sur le marché de l’emploi
Un atout, et non un fardeau : les travailleurs âgés et l’avenir du travail au Canada
Le présent rapport traite de l’avenir du travail et de la nécessité, si l’on veut bâtir une économie résiliente pour l’avenir, de regarder d’un œil critique notre compréhension des travailleurs âgés et de leur valeur.
Avenirs inclusifs : participation des Autochtones au marché du travail au Canada
Le présent rapport examine quatre facteurs inextricablement liés qui contribuent à l’inclusion des Autochtones dans la population active, facteurs qui sont intégrés dans un cadre proposé pour élaborer un outil permettant de mesurer l’inclusivité du milieu de travail d’une organisation.
Innovation alimentaire dans le Nord du Canada : arguments pour une grappe d’entreprise sociale
Notre groupe de travail a effectué une étude préliminaire de la faisabilité d’une grappe d'innovation alimentaire arctique au Canada. Le principal objectif d’une grappe de ce type est de favoriser un meilleur accès à des aliments bons pour la santé, adaptés à la culture et abordables dans toutes les régions de l’Arctique.
Vers des choix alimentaires éclairés
Il est difficile pour les Canadiennes et Canadiens de faire des choix alimentaires éclairés, et ce, en raison du manques d'informations sur ces différents aspects de l'alimentation. Afin de remédier à la situation, notre groupe de travail a donc décidé de se pencher sur les décisions politiques pouvant améliorer la capacité des Canadiennes et Canadiens à faire ces choix éclairés.
Non-permanents en permanence : les travailleurs agricoles migrants au Canada
Le groupe de travail d'Action Canada entend des travailleurs, administrateurs et fermiers que les programmes actuels ne fonctionnent pas et qu'ils doivent pour que le secteur agricole canadien puisse s'épanouir.
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La période de mise en candidature pour l'année 2019/2020 du Fellowship d'Action Canada est maintenant ouverte. Les individus intéressés ont jusqu'au 15 mars à 17 h, heure du Pacifique pour postuler.
Suivez les fellows d’Action Canada
Le Fellowship d'Action Canada 2018/2019 est bien parti. Suivez les fellows lors de leurs visites à travers le pays et leur étude de l'avenir de la nourriture, la question à l'étude cette année.
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