Notre groupe de travail a effectué une étude préliminaire de la faisabilité d’une grappe d'innovation alimentaire arctique au Canada. Le principal objectif d’une grappe de ce type est de favoriser un meilleur accès à des aliments bons pour la santé, adaptés à la culture et abordables dans toutes les régions de l’Arctique.

Les collectivités du Nord du Canada ont des taux d’insécurité alimentaire parmi les plus élevés du pays. Ces taux dépassant de loin la moyenne nationale (2,6 %) au Nunavut (18,5 %), aux Territoire du Nord-Ouest (4,4 %) et au Yukon (3,7 %), le Conseil des Académies canadiennes a qualifié l’insécurité alimentaire dans le Nord de crise.

Le Nord du Canada exportant pour près de 800 millions de dollars de poisson et autres produits d’origine aquatique vers l’étranger chaque année, il y a des possibilités considérables de stimuler l’innovation et la production alimentaires pour répondre aux besoins de nourriture locaux et lutter ainsi contre l’insécurité alimentaire. Néanmoins, la chaîne de valorisation des produits alimentaires dans le Nord se heurte à une multitude d’obstacles sociaux, économiques, logistiques et politiques magnifiés par le fait que les industries sont fragmentées et que la coordination et les communications sont limitées, voire inexistantes.

Conscient de cette situation, le Groupe de travail sur le développement durable (SDWG) envisage la création d’une Grappe d’innovation en alimentation arctique (GIAA) avec pour objectif de rendre le Nord plus concurrentiel dans le domaine des industries alimentaires et, du même coup, d’améliorer la sécurité alimentaire en mettant en contact entre eux des entrepreneurs du Nord, des investisseurs et/ou des entreprises du Sud et d’autres intervenants concernés (gouvernements, centres de recherche et collectivités autochtones, par exemple) qui connaissent les industries alimentaires du Nord et s’y intéressent.

Pour soutenir cette initiative, notre groupe de travail a effectué une étude préliminaire de la faisabilité d’une GIAA au Canada. Le principal objectif d’une grappe de ce type est de favoriser un meilleur accès à des aliments bons pour la santé, adaptés à la culture et abordables dans toutes les régions de l’Arctique. Le second objectif est de stimuler de nouvelles innovations dans le secteur de la production alimentaire par le biais de nouvelles méthodes de production (pleine utilisation du poisson pêché, par ex.), chaînes de valorisation et approches de gouvernance. Ceci aurait pour effet de renforcer les possibilités de développement économique dans ces collectivités du Nord.

Hypothèses

Cette étude ne se veut pas exhaustive et est conçue comme une analyse préliminaire de la faisabilité du concept de grappe dans le Nord du Canada. Les deux hypothèses sur lesquelles repose notre rapport sont les suivantes :

  1. Il y a suffisamment d’intérêt au sein du gouvernement fédéral, y compris la volonté, éventuellement, de financer en partie une telle initiative.
  2. Le modèle de la grappe pourrait potentiellement aider à réduire l’insécurité alimentaire et à stimuler le développement économique régional.

Analyse

Après avoir interviewé 30 intervenants clés, l’équipe de projet a cerné les principaux obstacles auxquels est confrontée la filière alimentaire nordique :

  • l’argent (l’accessibilité des financements public et privé, par ex.)
  • les gens (réservoirs de main-d’œuvre limités, manque de communications et de relations étroites entre les intervenants de la filière alimentaire, par ex.)
  • le lieu (transports, infrastructures et distribution insuffisant, obstacles réglementaires, par ex.)

Un certain nombre de forces ont également été soulignées :

  • la force des collectivités et du capital social
  • des connaissances locales spécialisées
  • l’expérience des collectivités pour la vente de produits alimentaires typiquement nordiques
  • la particularité de la marque arctique

Voie à suivre

Au terme de lectures et consultations extensive avec des intervenants de la chaîne de valorisation des aliments, l’équipe de projet est arrivée aux recommandations suivantes, comme un plan pour une GIAA au Canada :

  1. Envisager la création d’une grappe qui, au lieu d’être composée exclusivement d’intervenants de la filière alimentaire, incorpore d’autres entités communautaires confrontées aux mêmes défis que la filière alimentaire (les transports, par ex.). Cela permettrait à la grappe de proposer des solutions permettant un réinvestissement dans la communauté, avec beaucoup de retombées bénéfiques sur le plan social.
  2. Envisager de faire de l’entreprise sociale l’un des thèmes centraux pour la grappe du Nord du Canada. Cela signifierait la conception d’une grappe où le personnel et les participants sont attachés à l’entreprise sociale et en connaissent bien les modèles, ceux-ci ayant fait les preuves de leur adéquation aux contraintes nordiques. Cela pourrait aussi signifier que l’on utilise pour la grappe des outils relevant de l’entreprise sociale, comme des infrastructures appartenant à la fois au secteur public et au secteur privé ou le microfinancement.
  3. Continuer les études de faisabilité et le travail pour mettre en place une Grappe d’innovation en alimentation arctique. S’il est peu probable qu’une grappe traditionnelle, reposant exclusivement sur des facteurs du marché, fonctionne dans le Nord, un modèle modifié de grappe qui tire parti des catalyseurs sociaux pourrait être bénéfique en fournissant un mécanisme de financement qui aiderait à résoudre les problèmes cités par nos répondants dans ce domaine.
  4. Nommer/désigner un(e) président(e) directeur(rice) général(e) par intérim de la grappe ou un(e) chercheur(se) principal(e) pour continuer les recherches ou la sensibilisation à temps complet. Cette personne devra connaître le Nord du Canada et les collectivités éloignées, connaître le contexte autochtone, avoir une capacité démontrée à établir des relations, connaître la conception de grappes et, dans l’idéal, l’expérience de contextes où le profit n’est pas l’unique motivation.
  5. Identifier des partenaires communautaires locaux ne faisant pas partie de la filière alimentaire et qui pourraient profiter de cette grappe, et dialoguer avec eux.
  6. Commencer par définir et mettre en application un plan pour faire participer les collectivités autochtones et locales.
  7. Arrêter un plan formel pour se pencher sur les sept points clés mis en lumière dans nos recherches.

Merci aux partenaires d’Action Canada :

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