Pour AVIT Manufacturing, situé à Peterborough en Ontario, avoir une approche axée sur l’humain signifie que les employé.e.s se voient constamment offrir la possibilité de mettre à jour ou d’élargir leurs compétences. AVIT est un excellent exemple démontrant que l’encouragement de l’apprentissage continu en milieu de travail demeure un atout. Consultez cette étude de cas rédigée par Daniel Squizzato et abordant les façons de composer avec la précarité dans un secteur en perturbation. Cette étude s’inscrit dans le cadre du projet La nature changeante du travail du FPP, qui porte sur l’avenir du travail.

Enjeux en action

Cette étude de cas illustre les thèmes du rapport de Lori Turnbull au sujet de la transformation et les perturbations sectorielles.

Adam Quigley a dû affronter une courbe d’apprentissage vertigineuse, mais l’effort en a valu la peine.

Depuis 2009, l’homme de 46 ans fait la navette entre sa maison de Cobourg, en Ontario, et son employeur, AVIT Manufacturing, situé près de Peterborough. Durant cette période, il a principalement travaillé comme outilleur et fabricant de matrices pour l’entreprise, le même métier dans lequel son père avait fait carrière.

Au début de 2021, lorsque les projets se sont multipliés, la direction d’AVIT a encouragé M. Quigley à mettre à niveau ses compétences et à travailler comme concepteur mécanique auprès des ingénieurs.

« Je suis du genre à vouloir rester motivé et apprendre; j’ai donc sauté sur l’occasion », explique-t-il.

Il a reçu une formation pratique à l’interne sur les systèmes et politiques de l’entreprise et sur le logiciel de modélisation CAD, que M. Quigley n’avait pas utilisé régulièrement depuis ses études collégiales au début des années 2000. La transition n’a pas été sans défis, mais il se réjouit des résultats tangibles obtenus.

« Je serai vraiment fier quand je verrai que la machine que j’ai conçue et modelée dans le logiciel CAD est devenue un objet réel installé dans notre atelier et que l’on peut toucher, », dit M. Quigley. « C’est à ce moment que je serai satisfait. »

M. Quigley n’est pas le seul employé d’AVIT à mettre ses compétences à niveau : environ 60 % de la main-d’œuvre actuelle de l’entreprise a amélioré ses compétences existantes ou a acquis de nouvelles compétences en dehors de son champ de responsabilité habituelle, et ce, en cours d’emploi.

Cet engagement s’inscrit dans la philosophie centrée sur l’humain préconisée par Rhonda Barnet, coprésidente et directrice de l’exploitation de l’entreprise.

Créé en 2002 sous le nom de Steelwork Designs, AVIT compte sur un effectif de 30 personnes et se spécialise dans la conception et la fabrication de solutions sur mesure pour divers grands manufacturiers, autant au Canada qu’à l’international. Selon Mme Barnet, l’entreprise, qui a pris le chemin de la croissance et de la prospérité dès sa création, se concentre sur la fabrication de pièces à grande valeur ajoutée. Pour ce faire, elle a besoin d’une main-d’œuvre prête à s’adapter et à exploiter son plein potentiel.

« Je choisis des personnes très compétentes dans les métiers spécialisés, et j’essaie de les amener avec moi et de les aider à prendre conscience de l’étendue de leurs habiletés et de leur talent », explique-t-elle. « Je ne veux pas simplement qu’elles restent devant une machine à fabriquer la même pièce jour après jour. »

Lorsque AVIT a cherché à élargir les compétences de ses employé.e.s sans pouvoir elle-même offrir la formation, l’entreprise a collaboré avec de grandes compagnies comme General Electric (GE), BWXT, Westinghouse et Honda. Ainsi, l’équipe d’AVIT a reçu une formation sur les principes de la production allégée dans les installations de GE, dans le cadre d’une entente pluriannuelle entre les deux entreprises.

Selon Mme Barnet, ces relations symbiotiques sont relativement répandues, mais souvent informelles, dans le secteur manufacturier canadien. Elle explique que ces relations aident les grands fabricants à veiller au respect de normes rigoureuses chez les partenaires de petite taille, mais plus agiles, qui font partie de leur chaîne d’approvisionnement, et qu’elles aident les petites et moyennes entreprises à acquérir des connaissances et de l’expertise leur permettant d’élargir leur offre de service.

Malgré la fermeture de l’usine de GE à Peterborough en 2018 et la pandémie de COVID-19, AVIT se porte bien et poursuit sa croissance. La flexibilité de l’entreprise est au cœur de cette résilience, aidée par la vision globale de Mme Barnet pour le secteur manufacturier, une vision qui va au-delà des stéréotypes traditionnels d’un cycle calcifié de gestes répétitifs.

« Le secteur manufacturier continue de souffrir d’un problème d’image qui correspond encore aux usines de nos parents et grands-parents, même si aujourd’hui, la réalité est celle d’un secteur novateur, très technique, propre, lumineux et moderne. »

Les espaces de bureau et de production d’AVIT sont à aire ouverte, et toutes les personnes travaillant sur un projet sont invitées à participer à la révision des plans de conception. M. Quigley et les autres employé.e.s valorisent cette culture de collaboration et de créativité.

« Nous avons dû apprendre à porter plusieurs chapeaux tous les jours », dit-il. « Il n’est pas question d’arriver au travail en pensant que vous ferez une chose, et rien d’autre. Si les projets exigent que vous fassiez quelque chose de différent aujourd’hui, c’est ce que vous allez faire. »

M. Quigley explique qu’AVIT a une « politique de porte ouverte entre la direction et les travailleurs.euses », une description qui tombe à point considérant que Mme Barnet participe actuellement, en collaboration avec Manufacturiers et Exportateurs du Canada, un groupe d’intérêt représentant l’industrie manufacturière, à l’organisation d’un événement virtuel de type « portes ouvertes » ayant pour but d’attirer les étudiant.e.s vers une carrière dans le secteur.

Mme Barnet a par ailleurs siégé au Conseil sur la stratégie industrielle, un regroupement de dirigeant.e.s d’entreprises ayant le mandat de conseiller le gouvernement fédéral sur la manière de relancer l’économie et renouer avec la croissance dans le contexte de la pandémie. Dans son rapport final, déposé en décembre 2020, le Conseil a entre autres recommandé l’adoption d’une Stratégie nationale d’innovation en matière de main-d’œuvre « afin de créer un système d’apprentissage continu harmonisé aux besoins des entreprises, assurant ainsi que les diplômés sont bien placés pour occuper les emplois de l’avenir, tout en comblant l’écart entre les sexes et en faisant progresser l’inclusion et la diversité dans la main-d’œuvre. »

Cette cause était particulièrement importante pour Mme Barnet, puisque l’industrie manufacturière souhaite jouer un rôle plus important dans l’économie post-pandémie. Elle qualifie les nombreux appels à une production intérieure d’équipements de protection individuelle et de vaccins comme signes avant-coureurs d’une « renaissance certaine du secteur ». À condition, cependant, d’avoir une main-d’œuvre bien préparée et dotée des bonnes compétences.

« L’investissement manufacturier est un marché global, affirme-t-elle. Pour être compétitifs, nous devons offrir des produits ou processus de meilleure qualité. Et pour ce faire, nous devons faire appel à une main-d’œuvre compétente, talentueuse et travaillante, puis la faire progresser le long de la chaîne de valeur. »

Le développement individuel des travailleurs.euses est le thème central du travail de Mme Barnet. C’est pourquoi elle ne cesse de promouvoir la création d’un écosystème amélioré pour une formation commune au Canada, afin de s’assurer que les individus et les petites entreprises puissent continuer d’accéder aux compétences requises pour affronter les bouleversements constants du marché.

« Ne faisons pas que discuter de main-d’œuvre, mais implantons une stratégie d’innovation centrée sur l’humain », plaide-t-elle.

M. Quigley ne sait pas encore s’il demeurera concepteur mécanique, retournera à l’atelier d’usinage ou trouvera une façon de combiner les deux rôles. Quoi qu’il en soit, il est content que la direction ait reconnu son potentiel et lui ait offert une chance, et il a désormais beaucoup plus confiance en ses habiletés pour la suite de son cheminement professionnel.

Selon lui, « l’apprentissage continu est indispensable dans le marché du travail d’aujourd’hui. De faire quelque chose comme ça dans une petite ville, c’est vraiment génial. Je peux rester près de ma famille et de mes amis tout en faisant le travail que j’aime. Cela m’a offert une situation assez unique, sans aucun doute. »


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