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Comprendre le phénomène de travail à la demande et comment il se vit au Canada
Publié:30 juin 2020
Project: L'avenir des compétences
POINTS CLÉS
- On peut affirmer de manière générale que les personnes qui s’engagent dans le travail à la demande au Canada ont tendance à gagner moins, en moyenne, que la famille de travailleurs médiane. On peut donc comprendre que malgré certains travailleurs à la demande qui gagnent sûrement beaucoup plus que la moyenne ou la médiane nationale, le travailleur moyen se tourne vers ce type d’emploi pour saisir l’occasion d’augmenter ou de remplacer un revenu inadéquat.
- En se présentant comme des intermédiaires plutôt que comme des prestataires de services, les opérateurs de plateformes d’emplois à la demande peuvent transférer la quasi-totalité de leurs risques et coûts opérationnels. Le risque est ainsi assumé par les travailleurs, mais aussi par les consommateurs et les contribuables.
- Selon Statistique Canada, les travailleurs temporaires indépendants représentent aujourd’hui plus de 20 % de la main-d’œuvre et constituent de loin le groupe de travailleurs à la plus forte croissance au Canada. Les données provenant du Canada et des États-Unis indiquent une tendance à la hausse du nombre de personnes employées dans l’économie à la demande.
RÉSUMÉ
Le travail et les travailleurs à la demande occupent une place de plus en plus importante dans le marché du travail canadien.
Au fur et à mesure que nous nous éloignons du modèle traditionnel de la relation employeur-employé qui a dominé l’après-Seconde Guerre mondiale, les formes alternatives de travail qui se sont développées – particulièrement celles rendues possibles par la technologie – demandent qu’on s’y intéresse davantage.
Le présent rapport témoigne d’une tentative de comprendre ce que nous savons, et ce que nous devons savoir, sur la nature de l’économie à la demande au Canada et les expériences de ses travailleurs. L’objectif est de souligner les domaines qui doivent faire l’objet d’études, de jeter les bases de ces études et d’aider à façonner l’élaboration d’un programme de politiques fondé sur des données probantes qui soutienne toute la gamme des travailleurs à la demande au Canada.
Depuis un certain temps déjà, la technologie a rendu possible le travail à la demande dans, entre autres, les centres d’appel et les industries des technologies de l’information et des communications externalisées. Cependant, des innovations plus récentes basées sur les applications et le Web, telles que les plateformes de jumelage, ont changé le travail à la demande moderne au point qu’il doit être repensé sur le plan des politiques. La technologie moderne a tellement amplifié et modifié le fonctionnement du travail à la demande qu’elle a fondamentalement changé l’activité.
Dans le présent rapport, nous explorons différents aspects, tels que l’offre et la demande de travail, ainsi que la capacité désormais quasi universelle des gens à accéder à des plateformes technologiques de travail à la demande qui ont influencé et catalysé la hausse de ce type de travail au Canada.
Mais que signifient ces changements pour les exploitants des plateformes, les décideurs des politiques du travail et du commerce, et les travailleurs à la demande eux-mêmes?
Le travail à la demande est souvent dépeint en noir et blanc : un travailleur à la demande est considéré soit comme un jeune de la génération Y qui gagne beaucoup d’argent en misant sur ses compétences numériques, soit comme une personne peu qualifiée qui gagne un revenu irrégulier en étant exploitée par des opérateurs de plateforme invisibles et anonymes.
Avant d’avoir une conversation approfondie sur les avantages, les inconvénients et les cadres réglementaires qui devront régir le travail à la demande et protéger les travailleurs, il est nécessaire de clarifier ce qui distingue les diverses expériences de ces travailleurs.
Que le travail à la demande soit « bon ou non pour les travailleurs dans un sens général, il gagne en popularité. Par conséquent, les décideurs politiques, les universitaires et les potentiels travailleurs à la demande eux-mêmes doivent comprendre ce domaine de travail et ses conséquences pour leur vie professionnelle et leur avenir (p. ex. la retraite). Du point de vue de l’employeur, il faut également comprendre ce que le travail à la demande signifie sur le plan de la disponibilité de la main-d’œuvre. L’examen des différents aspects qui influent sur le travail et les expériences des travailleurs à la demande peut nous aider à comprendre les circonstances et à commencer à cerner ce type d’emploi.
L’incertitude, à la vulnérabilité et à la précarité accrues que connaissent de nombreux travailleurs en raison de la pandémie de la COVID-19 accentuent le besoin de telles connaissances. Les travailleurs à la demande sont à la fois particulièrement vulnérables et perçus comme des travailleurs essentiels. On peut se demander si leurs besoins sont peut-être mis en lumière plus que par le passé et si, par conséquent, ce changement de paradigme concernant la nature essentielle de leur travail persistera après la pandémie.
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À propos de l'auteur
- À titre de chef de la conception et de la recherche à Doblin Canada, Elle Ziegler dirige des projets publics et privés dans les domaines de la recherche et du développement des connaissances, du renforcement des capacités, de l’engagement communautaire et de la stratégie. Grâce à sa formation en architecture et en méthode pédagogique active, elle a une compréhension unique de la façon d’appliquer les connaissances approfondies issues de la recherche et de la conception centrée sur l’humain à un éventail d’enjeux. Mme Ziegler a présenté ses méthodes de recherche à différentes occasions, dont à la Conférence sur le design de service au Canada et à la conférence Public x Design du Gehl Institute. Récemment, elle a participé à la conférence 2020 du projet « La nature changeante du travail », organisée par le Forum des politiques publiques.
- Diplômée des Universités de Waterloo et McMaster, Karen E. McCallum est chercheuse en études interdisciplinaires des sciences sociales. Elle est fière d’être de retour au pays pour rejoindre l’avant-garde dans le domaine du droit de la personne au Canada après avoir obtenu son doctorat à l’Université de Londres (R.-U.). Son travail à l’Université Ryerson donne suite à ses expériences universitaires antérieures comme professeure invitée à l’Université d’État Bridgewater (États-Unis) et comme chargée de cours à l’Université Oxford. Mme McCallum cherche à travailler au sein de partenariats constructifs dans le but d’améliorer les politiques publiques et de proposer des travaux de recherche pertinents permettant d’améliorer les résultats pour les peuples autochtones, les minorités racialisées et d’autres groupes en quête d’équité. Ses activités de recherche et d’enseignement s’inspirent principalement des études autochtones, de la sociologie (études des mouvements sociaux) et de la psychologie sociale (théorie sur l’identité de groupe, hypothèse de contact, sociologie des émotions).
- Katherine Porter est consultante en design cumulant des expériences en architecture et design, en enseignement du design et en recherche sur le design. Elle détient deux maîtrises de l’Université de Toronto et de la Rhodes Island School of Design. Après avoir travaillé comme consultante à Deloitte, Mme Porter aide aujourd’hui ses client.e.s à trouver de nouvelles occasions d’innovation par l’entremise de la recherche sur le design et de la facilitation. Elle est cofondatrice et directrice du design à Undu Wearables Ltd, une entreprise de technologie médicale spécialisée dans la mise au point de traitements contre la douleur menstruelle. Son équipe a été lauréate du prix national James Dyson Award 2019.
- Reyhaneh Noshiravani est chercheuse et consultante spécialisée dans le domaine des risques, de la réglementation et de la sécurité internationale. Elle est professeure associée à ESCP Europe et boursière au Sir Michael Howard Centre for the History of War du King’s College à Londres, où elle a obtenu son doctorat en études sur la guerre. Auparavant, Mme Noshiravani a travaillé comme consultante à Deloitte, où elle a développé un leadership éclairé sur des sujets liés à la croissance et à la compétitivité mondiale du Canada.


