La probabilité des « noms à consonance étrangère » de recevoir un appel en réponse à leur candidature est de 20 à 30 pour cent moins élevée, selon la taille de l'entreprise. Ce sont des problèmes de ce type que rencontrent les immigrants, les personnes racialisées, et particulièrement les femmes issues de ces deux groupes – ce qui semble avoir peu de rapport avec les compétences du candidat. Dans ce cinquième rapport sur les Compétences de l'avenir, Eddy Ng et Suzanne Gagnon mettent en lumière certaines contradictions apparentes des pratiques d'embauche au Canada, et révèlent des solutions prometteuses découlant de recherches sur le marché du travail.
  • Points clés
  1. La pénalité en termes de pouvoir et de revenus est plus élevée pour les femmes racialisées. Une étude indique que, dans les rôles de leadership général de l’agglomération du Grand Toronto, les femmes blanches sont 17 fois plus nombreuses que les femmes racialisées. Globalement, les femmes racialisées représentent seulement 6,4 pour cent des effectifs de direction, bien qu’elles représentent 10,5 pour cent de l’ensemble des effectifs.
  2. Le gouvernement canadien accepte de plus en plus d’immigrants diplômés. Toutefois, certaines études indiquent qu’au Canada, de nombreux employeurs recherchent des travailleurs moins compétents, et que ce sont les politiques axées sur les immigrants compétents et expérimentés elles-mèmes qui ont entraîné une sous-utilisation des compétences des immigrants hautement qualifiés.
  3. L’entrepreneuriat semble attirer les immigrants et leur taux de réussite y est plus élevé – cette solution ne convient cependant pas à tout le monde.

Sommaire

Le Canada fait face à une pénurie de main-d’œuvre en raison de la baisse du taux de natalité et du vieillissement de la population, pourtant de nombreux Canadiens et Canadiennes peinent à trouver un emploi et sont sous-employés par rapport à leur niveau de scolarité et à leur expérience professionnelle. Le présent rapport résume les données actuelles sur les résultats en matière d’emploi des Canadiens et Canadiennes racialisés et des immigrants récemment arrivés au Canada, examine les écrits qui cherchent à expliquer ces écarts et analyse les études sur les programmes et les politiques conçus pour combler ces écarts – notamment dans les domaines de l’établissement et de la transition. Bien que l’on en sache beaucoup sur le problème lui-même, les solutions apportées jusqu’à présent sont fragmentaires.

Malgré des années d’initiatives en matière de politiques et de programmes des gouvernements et d’autres fournisseurs de services, les résultats en matière d’emploi des Canadiens et Canadiennes racialisés, y compris les immigrants racialisés, continuent d’être inférieurs à ceux des travailleurs non racialisés. Selon les données du Recensement de 2016 et du Programme légiféré d’équité en matière d’emploi (PLÉME), nous constatons que les minorités racialisées et les immigrants connaissent collectivement un taux de chômage et de sous-emploi plus élevé, et que les résultats des immigrantes sont moins bons que ceux des immigrants.

Généralement, les travailleurs racialisés et les immigrants sont employés dans des secteurs et des professions moins bien rémunérés. Les immigrants d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient s’en sortent moins bien que les travailleurs nés au Canada, tandis que les immigrants d’Europe s’en sortent mieux que les immigrants non européens. La dévaluation des diplômes étrangers, les compétences linguistiques et la perception de l’adéquation avec le milieu de travail canadien continuent d’être des obstacles à l’intégration des immigrants dans le marché du travail.

Les problèmes auxquels font face les immigrants sont aggravés lorsque l’on tient compte des influences des technologies perturbatrices sur le travail. On s’attend à ce que l’automatisation transforme bon nombre des secteurs d’activité à forte concentration de minorités raciales et de travailleurs immigrants. Par conséquent, ces personnes sont plus vulnérables au déplacement dans l’avenir. De plus, le sous-emploi persistant laisse entrevoir une déconnexion potentielle importante : les employeurs évaluent incorrectement les diplômes étrangers, ou il est nécessaire de mettre à niveau les compétences pour qu’elles correspondent mieux à celles exigées par les employeurs canadiens.

Bien qu’il soit probable que les immigrants et les minorités racialisées continuent à se heurter à des barrières, les facteurs associés à la nature changeante du travail accentueront la nécessité de remédier à l’inadéquation des compétences entre les membres de ces groupes de population et les professions qu’ils exercent. Notre examen montre qu’une évaluation plus importante et de meilleure qualité, ainsi qu’une attention renouvelée et une action concertée entre les parties prenantes, sont nécessaires pour remédier à l’inadéquation des qualifications professionnelles, pour mieux faire connaître les mesures de soutien existantes et pour éviter le déplacement et d’autres inégalités parmi ces groupes. Le travail indépendant et l’entrepreneuriat, par exemple, représentent des voies de rechange pour accroître la mobilité socioéconomique des immigrants et des minorités racialisées. Toutefois, il faut sensibiliser davantage les immigrants à l’existence des mesures de soutien à l’entrepreneuriat. De même, les politiques d’équité en matière d’emploi sont actuellement trop limitées pour entraîner des changements systémiques plus vastes, bien qu’elles aient été utiles pour la sensibilisation et pour l’élimination de certaines barrières auxquelles se heurtaient les femmes et les minorités racialisées dans certains secteurs réglementés. Il sera essentiel d’élargir la collecte et la diffusion de données désagrégées pour permettre une analyse plus détaillée de la façon dont le sexe, le pays d’origine et d’autres facteurs interagissent avec les identités racialisées et le statut d’immigrant pour influencer les expériences des individus dans la population active canadienne.

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