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©University of Toronto

De retour au Canada en 2003, à la suite d’une formation spécialisée sur les maladies infectieuses et en santé publique, le Dr Kamran Khan s’est retrouvé au beau milieu de l’épidémie de SRAS, frappé par « la vitesse à laquelle un virus peut se propager jusqu’à l’autre bout du monde et paralyser une ville comme Toronto ».

Il ne pouvait également s’empêcher de remarquer que la culture d’innovation et de prise de risque, celle-là même dont il avait été témoin durant ses années d’études aux États-Unis, manquait dans son pays natal. Aux États-Unis, les chercheurs étaient beaucoup plus aventureux et « prêts à accepter l’échec comme une partie du cheminement pour réaliser quelque chose de transformateur », se rappelle le Dr Khan.

Ces expériences révélatrices auront amené le Dr Khan, spécialiste des maladies infectieuses et scientifique au St. Michael’s Hospital de Toronto, à consacrer une dizaine d’années à l’étude des épidémies mondiales.

En 2013, il fonde à Toronto une entreprise appelée BlueDot, qui emploie aujourd’hui près de 50 personnes. À l’aide d’une plateforme de mégadonnées combinée à l’intelligence artificielle, des systèmes d’information géographique et d’autres technologies de pointe, BlueDot a été en mesure de prédire la propagation mondiale de la grippe et de suivre de récentes épidémies, y compris celles des virus Ebola et Zika. Aujourd’hui, BlueDot travaille activement à l’élaboration d’un système d’alerte précoce mondial pour les maladies infectieuses les plus dangereuses.

« Nous fournissons aux gens, aux entreprises et aux gouvernements des connaissances fondées sur les données leur permettant de prendre des décisions plus éclairées pour se protéger eux-mêmes et leur entourage », explique le Dr Khan, PDG de BlueDot. Basé à l’Institut du savoir Li Ka Shing de St. Michael, BlueDot doit son nom à la description de la Terre faite par Carl Sagan en voyant les images captées par la sonde spatiale Voyager 1, alors qu’elle quittait le système solaire.

L’opportunité ‘d’atteindre des millions de personnes’

« Alors que notre monde devient plus petit, plus interconnecté et plus interdépendant, nos futurs sont étroitement liés », explique le Dr Khan, professeur agrégé à la faculté de médecine et à l’école de santé publique Dalla Lana, de l’Université de Toronto. Ses recherches portent sur la migration humaine, le transport aérien international et la mondialisation de maladies infectieuses émergentes ou ré-émergentes, des sujets qu’il n’aurait jamais imaginé étudier avant de s’impliquer dans le domaine de la modélisation mathématique, à la suite de l’épidémie de SRAS.

« Je pourrais travailler sur un seul patient à la fois en tant que clinicien, mais grâce aux données et à la technologie, ce sont potentiellement des millions de personnes qu’il est possible d’atteindre », dit-il.

BlueDot a développé une plateforme web qui crée une « conscience situationnelle » des risques de maladies infectieuses dans le monde et de la façon dont elles peuvent se déplacer par l’intermédiaire du transport aérien.

Par exemple, en collaboration avec Affaires mondiales Canada, l’entreprise a un partenariat avec les dix pays de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est afin d’améliorer leur capacité de contrôle des épidémies et ainsi éviter que les maladies infectieuses ne se propagent à d’autres parties du monde.

Selon le Dr Khan, l’un des plus grands défis pour les gouvernements, qui sont jusqu’à présent ses principaux clients et partenaires, est de maintenir un sentiment d’urgence quant aux inévitables menaces de pandémie, et ce, même durant les périodes de calme relatif. « Chaque fois qu’une crise survient, on observe un énorme effort de mobilisation, mais nous avons tendance à avoir la mémoire courte, constate-t-il. Or, la question n’est pas de savoir si une autre épidémie touchera le Canada, mais plutôt de savoir quand. »

Risque nécessaire pour soutenir l’innovation canadienne

BlueDot a commencé à travailler avec des entreprises pour mieux préparer la réponse à des menaces de maladies infectieuses qui pourraient avoir des conséquences économiques. Le Dr Khan veut aussi que ses données puissent servir aux individus, par le biais de technologies numériques comme les applications pour téléphone intelligent, afin de les aider à prendre les bonnes décisions pour se protéger.

Le Dr Khan estime que les Canadiens et les Canadiennes ont tous les ingrédients pour innover, mais craint qu’ils soient trop prudents.

« L’innovation, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Et sur la voie de l’innovation, il faut être prêt à prendre des risques », explique-t-il, notant que le Canada doit également mieux soutenir l’innovation sur ce qu’il appelle le côté réceptif.

« Nous devons apprendre à mieux soutenir nos innovateurs en leur offrant des occasions de tester leurs produits et services et de voir quel genre d’impact ils peuvent avoir », précise Khan, qui estime que l’adoption de technologies se fait la plupart du temps à l’étranger d’abord.

« Je suis très fier d’avoir pu créer 50 emplois et de faire quelque chose qui peut améliorer la santé des Canadiens et des Canadiennes, ajoute-t-il. La prochaine étape consistera à ratisser plus large pour qu’au-delà de son impact local, l’entreprise ait aussi une réelle portée mondiale. »

 

Mon plus grand défi …

… a été de commencer. De prendre les découvertes de mes recherches, de les transformer en innovations, puis de les développer à plus grande échelle par le biais de la commercialisation. Souvent, cette voie n’est pas tracée d’avance, et la plupart des gens qui ont du talent pour la recherche ne savent pas forcément s’y retrouver. Et parce que la route est sombre et nébuleuse, il y a une réticence à s’y aventurer.

J’ai dû accepter …

… le fait que l’échec est inévitable dans un processus de découverte. Innover vient avec une bonne dose de risque. Les échecs en cours de route sont inévitables. Comme on dit, si vous êtes pour échouer, faites-le rapidement de sorte que vous puissiez vous relever et continuer.

Mon message aux autres…

… c’est que la vie est courte et que si vous avez l’occasion de faire quelque chose de transformateur, c’est un cadeau. Acceptez-le. Tentez votre chance et voyez ce que vous pouvez en faire.

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