La COVID-19 a frappé de plein fouet l’industrie cinématographique et télévisuelle du Canada. Pour aider cette industrie autrefois prospère, les gouvernements doivent améliorer la sécurité financière des entreprises de production et assurer des échanges commerciaux constants entre le Canada et les É.-U. Ils doivent aussi moderniser les règlements qui régissent cette industrie afin de lui permettre de réussir à l’ère du numérique.

Activiste, interprète, auteur et scénariste, directrice, créatrice primée à de multiples reprises et membre du jury du Festival du film de Cannes, la Canadienne Sarah Polley se bat avec détermination pour l’instauration d’une éducation publique sûre et excellente. Elle a condensé une bonne partie de son expertise dans son tweet d’avril sur la COVID-19.

« C’est », dit-elle, « le pire film que j’aie jamais vu. Pas surprenant qu’il ne fonctionne pas…Le scénario ne vaut pas mieux que de la bouillie pour chat. »

Nous sommes tous d’accord. Parallèlement aux déboires sanitaires et économiques qu’elle a amenés dans son sillage, la COVID-19 a eu un effet dévastateur sur l’industrie cinématographique et télévisuelle du Canada, et continuera de poser bien des problèmes dans ce domaine durant de nombreux mois.

Nous vous donnons dans cet article un bref aperçu de la situation de l’industrie au début de 2020, puis nous vous exposerons ce que ce scénario des plus médiocres a fait à l’industrie du film et de la télévision. Nous vous présenterons ensuite quelques avis sur la façon dont nous pouvons atténuer ces effets. Finalement, nous vous proposerons des pistes de solutions pour nous tirer d’affaire et relever le véritable défi : comment une nouvelle politique publique bien pensée peut faire en sorte que la révolution mondiale du numérique devienne une source de réussite pour l’industrie cinématographique et télévisuelle du Canada.

Le Profil de 2019 de l’Association canadienne des producteurs médiatiques a été publié en avril. Une lecture aigre-douce pour les gens de notre industrie : la description du terrain que nous avons perdu, du moins pour l’instant.

En 2019 :

  • l’industrie cinématographique et télévisuelle du Canada a généré 12,8 milliards de dollars en retombées économiques;
  • elle a enregistré une dépense de production directe de 9,3 milliards de dollars;
  • elle a attiré un investissement étranger de 5,7 milliards de dollars au Canada;
  • elle a permis la création de l’équivalent de 180 900 emplois au pays.

Issu du Profil de 2019[1], le tableau suivant montre la répartition et la tendance régionales des dix dernières années. Comme vous pouvez le constater, la production de l’industrie cinématographique et télévisuelle du Canada a presque doublé durant la dernière décennie.

Figure 1-4   Volume de production cinématographique et télévisuelle, par province ou territoire
(Millions de dollars) 09-10 10-11 11-12 12-13 13-14 14-15 15-16 16-17 07-18 18-19 Part 18-19
Colombie-Britannique* 1 399 1 729 1 578 1 605 1 618 2 243 2 133 2 958 3 577 3 406 37%
Ontario 1 910 2 077 2 586 2 439 2 439 2 769 2 750 3 036 2 855 3 174 34%
Québec 1 274 1 321 1 316 1 351 1 280 1 582 1 429 1 757 1 781 2 044 22%
Alberta 153 148 167 155 274 254 231 248 223 256 3%
Manitoba 72 69 79 76 100 84 92 130 157 253 3%
Nouvelle-Écosse 107 99 104 98 124 69 102 138 101 100 1%
Saskatchewan 33 49 54 35 47 30 30 28 27 27 <1%
Terre-Neuve–et– Labrador 40 43 42 42 46 31 40 39 64 21 <1%
Nouveau-Brunswick 19 19 27 21 24 19 13 15 14 19 <1%
Territoires** 4 5 6 6 8 9 8 25 5 15 <1%
Île-du-Prince-Édouard 1 2 4 2 2 2 2 2 1 1 <1%
Total 5 014 5 560 5 963 5 830 5 962 7 092 6 831 8 377 8 805 9 316 100%

Sources : Estimations fondées sur les données du BCPAC, du CRTC, de CBC/Radio-Canada et de l’Association des agences provinciales de financement. Note : Les statistiques publiées par les agences provinciales de financement peuvent différer de celles qui figurent ici. Se reporter aux Remarques méthodologiques, à la fin du rapport, pour plus de détails. Certaines sommes peuvent ne pas correspondre aux totaux indiqués, parce que les chiffres ont été arrondis. * La production enregistrée en 2018-2019 se compare à celle de 2017-2018, comme l’indiquent les statistiques publiées par Creative BC, qui sont fondées sur l’exercice financier au cours duquel un projet reçoit sa certification au crédit d’impôt et non sur l’exercice au cours duquel le travail de prise de vue a principalement lieu. Pour de plus amples renseignements, voir la section 6 ainsi que la rubrique Rapprochement avec les statistiques publiées par les agences provinciales de financement dans les Remarques méthodologiques. ** Yukon, Nunavut et Territoires du Nord-Ouest.

Les chiffres de l’emploi direct et indirect racontent la même histoire : durant la dernière décennie, l’industrie cinématographique et télévisuelle du Canada s’est hissée parmi les principaux employeurs de notre pays[2] :

Figure 1-8 Total des emplois ETP directs et dérivés en production cinématographique et télévisuelle, par province ou territoire
9-10 10-11 11-12 12-13 13-14 14-15 15-16 16-17 17-18 18-19
Colombie-Britannique* 32 530 39 870 35 940 35 130 34 610 46 760 44 110 60 330 71 130 65 270
Ontario 40 530 42,710 51 750 47 980 47 210 52 800 52 300 56 110 52 040 56 050
Québec 36 890 37 840 36 760 36 610 33 810 40 360 36 100 43 770 42 870 47 480
Alberta 3 650 3 460 3 800 3 430 5 820 5 310 4 690 5 200 4 620 5 110
Manitoba 1 300 1 230 1 340 1 250 1 680 1 380 1 510 2 070 2 410 3 810
Nouvelle-Écosse 2 790 2 410 2 460 2 250 2 810 1 520 2 250 2 990 2 130 2 100
Saskatchewan 730 1 050 1 100 690 880 570 550 530 480 480
New Brunswick 420 400 550 420 490 370 270 290 270 350
Terre-Neuve–et– Labrador 680 710 680 630 680 460 580 580 890 280
Territoires** 60 90 100 90 120 130 110 360 80 190
Île-du-Prince-Édouard 40 80 190 80 80 70 70 70 30 70
Total 119 400 129 500 134 100 128 000 127 600 149 000 141 900 171 700 176 600 180 900

Sources : Estimations fondées sur les données du BCPAC, du CRTC, de CBC/Radio-Canada, de l’Association des agences provinciales de financement, de Statistique Canada et du Conference Board du Canada. * La production enregistrée en 2018-2019 se compare à celle de 2017-2018, comme l’indiquent les statistiques publiées par Creative BC, qui sont fondées sur l’exercice financier au cours duquel un projet reçoit sa certification au crédit d’impôt et non sur l’exercice au cours duquel le travail de prise de vue a principalement lieu. Pour de plus amples renseignements, voir la section 6 ainsi que la rubrique Rapprochement avec les statistiques publiées par les agences provinciales de financement dans les Remarques méthodologiques. ** Yukon, Nunavut et Territoires du Nord-Ouest. Note : Certaines sommes peuvent ne pas correspondre aux totaux indiqués, parce que les chiffres ont été arrondis. Se reporter aux Remarques méthodologiques pour la description de la méthode d’estimation des emplois soutenus.

Selon nous, de trois facteurs principaux :

Premièrement, nous sommes bons dans ce domaine. Il est notoire que les Canadiens ont une tendance marquée à l’autocritique et à la modestie, mais notre industrie témoigne de quelques vérités « non canadiennes », dans les deux langues officielles :

  • Nos entreprises de production indépendantes sont intelligentes, agiles, créatives et souples.
  • Le Canada abrite certains des meilleurs interprètes et créateurs du monde.
  • Nos équipes se sont taillé une place parmi les meilleurs du monde.
  • Nous avons des studios et des installations concurrentiels sur le plan international.
  • Nous disposons d’un écosystème bien développé d’entreprises juridiques et comptables, d’établissements financiers et d’autres entreprises spécialisées dans cette industrie.
  • Nous possédons un solide réseau d’entreprises de postproduction et d’effets numériques mondialement concurrentielles, qui gagnent sans cesse en envergure et en importance.

Fondée sur la collaboration, cette industrie complexe et parfois ahurissante produit certain des meilleurs contenus cinématographiques et télévisuels francophones et anglophones. Et la qualité vend.

Deuxièmement, la majorité de nos gouvernements sont des partenaires financiers solides et stables qui récoltent le fruit de leurs investissements. Le gouvernement fédéral a maintenu son crédit d’impôt durant de multiples mandats, en dépit des changements de parti politique. La plupart des gouvernements provinciaux ont fait de même, et plus encore : ils ont amélioré et modernisé leur aide sous forme de crédits d’impôt et clairement établi que ce soutien était stable et allait demeurer à long terme. Contrairement aux États-Unis, où la crise financière de 2008 et les lois sur l’équilibre budgétaire incluses aux constitutions étatiques ont provoqué le chaos et des bouleversements dans cette industrie, le Canada demeure une oasis de paix et de stabilité financières pour le milieu du film et de la télévision. Et la stabilité est le carburant de la croissance.

Troisièmement, nous vivons dans un véritable âge d’or télévisuel/numérique mondial. Que ce soit sur leurs téléphones, leurs tablettes, leurs ordinateurs ou leurs télévisions, les Canadiens n’ont jamais eu un tel accès à un aussi grand nombre de productions cinématographiques et télévisuelles d’une qualité aussi bonne. Il s’agit d’un phénomène mondial aux nombreuses ramifications économiques et culturelles, dont l’une est la création d’une industrie numérique, avide consommatrice de contenu numérique. Or, ce contenu doit être créé en quelque part, et l’attrait du Canada à cet égard suscite l’arrivée de milliards de dollars sous forme de capitaux étrangers : nous sommes passés d’un investissement de 1,8 milliard de dollars il y a dix ans à un investissement de 5,6 milliards de dollars en 2018–2019[3].

Lorsque nous examinons les répercussions de la pandémie de la COVID-19 sur la production cinématographique et télévisuelle canadienne, il faut commencer par regarder ce en quoi consiste une production.

Une production cinématographique et télévisuelle est un véritable village, soit un groupe de 10, 100, voire 1 000 personnes réunies dans un lieu restreint pour filmer et refilmer des douzaines ou des centaines de séquences et de scènes durant des jours, des semaines ou des mois. Pour chaque scène, on amène et on règle une tonne de matériel, on prépare, apporte et consomme une tonne de nourriture et de café, et des équipes de professionnels à la pige qui se relaient constamment font la navette entre une multitude de lieux et de bureaux pour réaliser différentes fonctions à différents moments. Puis, tout ce petit monde rentre à la maison pour retrouver sa famille.

Une production et son village sont donc très vulnérables en cas d’épidémie grave, et la fermeture du secteur a été pratiquement complète pendant près de cinq mois.

L’un des auteurs de cet article a co-présidé un conseil consultatif ministériel provincial ontarien sur les répercussions de la COVID-19 sur l’industrie cinématographique et télévisuelle. Les membres de ce conseil, qui ont tenté de quantifier les dégâts économiques à cet égard, ont découvert un tableau plutôt sombre[4].

En voici les principales conclusions :

  • À la fin mai, la COVID-19 avait réduit à néant au moins 713 millions de dollars en dépense de production directe en Ontario seulement.
  • Non moins de 45 000 travailleurs directs ou indirects se sont, en moyenne, retrouvés au chômage chaque mois dans la province.
  • Des producteurs ont dû réorienter des fonds destinés à la recherche-développement pour financer des activités critiques et verser des salaires, freinant ainsi le développement de la propriété intellectuelle, ce qui a érodé leur avantage concurrentiel et nui à leurs plans.
  • Les sociétés d’animation ont engagé des dépenses substantielles pour que leurs employés puissent travailler à domicile, et ont ainsi été en mesure de poursuivre leurs activités à 85 % de leur capacité.
  • Les entreprises d’effets visuels ont fait de même, mais ont dû se préparer à une forte érosion de leurs affaires lors de l’annulation de leurs projets en cours de production.
  • Le secteur de la distribution a aussi été gravement perturbé à l’échelle nationale et internationale lorsque les salles de cinéma ont fermé leurs portes et que les festivals ont été annulés.
  • Les radiodiffuseurs, une pièce maîtresse de la production de contenu canadien, ont subi une immense diminution de leurs revenus publicitaires.

Les personnes et les entreprises qui œuvrent dans l’industrie cinématographique et télévisuelle sont à la fois résilientes et astucieuses. Elles travaillent dans un environnement complexe et, dans le meilleur des cas, vivent dans l’incertitude et l’instabilité liées à la gestion de leurs revenus. La majorité des personnes de ce milieu sont des pigistes autonomes qui tissent leur carrière en passant d’une production à l’autre. C’est pourquoi elles sont toutes comme des fleurs dans le désert, habituées à des périodes de sécheresse. Mais la fermeture engendrée par la pandémie, qui s’est révélée cataclysmique, a été aggravée par un détail technique qui a fait que nombre d’entreprises de production n’avaient pas droit à l’aide fédérale jusqu’en juillet.

Durant le confinement :

  • l’industrie et le gouvernement ont travaillé en étroite collaboration dans le cadre de comités provinciaux sur la santé et la sécurité pour planifier la réouverture des plateaux de tournage[5];
  • des problèmes urgents ont été communiqués aux gouvernements;
  • des personnes créatrices ont essayé de tirer parti de la fermeture pour élaborer de nouvelles histoires tout en relevant les défis, maintenant familiers, du travail à domicile.

En juillet, les productions ont commencé à reprendre lentement et prudemment dans le nouveau monde masqué soigneusement réglementé et supervisé par des comités chargés de la santé et de la sécurité.

1 Assurer l’industrie

Au moment de la rédaction de ce rapport (à la mi-septembre 2020), le gouvernement du Canada discute d’un nouveau programme visant à remédier à un effet à long terme de cette épidémie : il n’y a plus d’assurance privée pour couvrir les coûts de l’épidémie.

Cet enjeu revêt une importance capitale pour l’industrie, car il est généralement nécessaire d’avoir une assurance achèvement pour obtenir les fonds bancaires nécessaires à une production canadienne et faire en sorte que la rémunération et les avantages sociaux des acteurs et de l’équipe de tournage soient couverts au cas où la production ne peut pas être achevée.

Comme les compagnies d’assurance privées ne prévoient actuellement pas d’assurance en cas de nouvelle éclosion de la COVID-19, les productions sont confrontées à un problème fondamental tant au niveau du financement de leur production que de leur dotation. Il s’agit d’un problème d’envergure planétaire, et les gouvernements du monde entier s’emploient à y remédier. En bref, les gouvernements qui veulent faire une place à la production cinématographique et télévisuelle sur leur territoire jouent (pour le moment) le rôle d’assureur du secteur public. La France a pris des mesures précoces dans ce domaine.

Si, grâce à des mesures de santé publique efficaces, appliquées et consciencieusement respectées ou à un vaccin universellement adopté, la COVID-19 disparaît rapidement du radar des problèmes de santé publique, l’assurance privée pourrait à nouveau être disponible. Dans le cas contraire, il s’agira d’un problème permanent qui nécessitera une solution permanente de la part du secteur public. Or, les programmes que l’on envisage actuellement sont temporaires et très restreints et ne régleront pas ce problème à long terme.

2 Financer les mesures sanitaires publiques sur un plateau

L’industrie a travaillé d’arrache-pied avec les gouvernements pour élaborer des codes de pratiques exemplaires afin d’assurer la sécurité sur les plateaux de tournage. Alors que les productions reprennent tranquillement dans le pays, l’embarras et les coûts élevés suscités par cette sécurité se font sentir. Il est, cependant, nécessaire de suivre ces règles et de les améliorer constamment, car la dernière chose dont l’industrie a besoin est de devenir l’épicentre d’une nouvelle éclosion.

Les mesures requises par la COVID-19 augmentent considérablement le coût d’une production. Un programme de financement visant à alléger ces coûts permettrait d’assurer l’application de ces mesures.  Le Québec a récemment annoncé un programme de 40 millions de dollars pour aider les entreprises de production québécoises à couvrir les coûts liés à la sécurité de leurs activités.

3 Adapter les règles sur les déplacements

Comme nous l’avons exposé ci-dessus, l’industrie cinématographique et télévisuelle canadienne a réussi à attirer des capitaux étrangers extrêmement élevés. La demande de contenu n’a pas diminué. Cela signifie qu’après l’épidémie, les occasions d’affaires seront substantielles, car les entreprises de production ayant interrompu leurs activités durant des mois devront faire du rattrapage pour satisfaire à la demande. Parallèlement au respect des quarantaines appropriées et des règles de santé publique durant les semaines et les mois à venir, il faudra que notre frontière soit ouverte aux porteurs des capitaux.

4 Améliorer les marges de financement

Une dernière mesure que les gouvernements pourraient prendre n’implique pas un sou de dépenses publiques supplémentaire, si ce n’est pour recruter d’autres fonctionnaires. Il faut que les crédits d’impôt soient versés plus rapidement. Il en découlerait de nombreux avantages, notamment une nécessité moindre de financement provisoire, un accès plus aisé au capital requis pour gérer les nouveaux coûts et une plus grande résilience des entreprises, qui seraient alors mieux équipées pour faire face à de futurs chocs.

Les gouvernements provinciaux et l’Agence du revenu du Canada doivent soigneusement examiner les jalons du financement par crédit d’impôt, leurs pratiques de vérification et les ressources internes dont ils disposent actuellement pour traiter les demandes. Ils doivent aussi se donner pour objectif de réduire de 12 mois le temps d’attente (actuellement de deux ans ou plus).

L’industrie cinématographique et télévisuelle peut jouer un rôle prépondérant dans le rétablissement du Canada suite à la COVID-19. Il s’agit d’une industrie très malléable et adaptable aux réalités économiques, qui attend de répondre à une demande mondiale, vaste et comprimée, de contenu de première classe. Elle peut donc très rapidement remettre près de  200 000 Canadiens au travail et emploiera des dizaines de milliers de jeunes qui entrent sur le marché du travail.

L’industrie cinématographique et télévisuelle est un milieu vert et propre à forte valeur ajoutée capable de créer de l’emploi et des activités économiques dans les grands centres métropolitains et les collectivités rurales de tout le Canada.

La majorité des gouvernements canadiens allouent déjà une aide substantielle à cette industrie.  En traitant rapidement et avec détermination les problèmes exposés ci-dessus, le gouvernement peut faire en sorte que cet investissement stimule le rétablissement économique dont le Canada a si désespérément besoin.

Voici quelques observations sur les problèmes qui existaient avant la COVID-19, et qui demeurent aujourd’hui encore.

Le Canada a récemment conclu l’Accord États-Unis–Mexique–Canada, un nouvel accord commercial qui vient compléter une série de pactes servant à régir nos relations économiques avec nos homologues nord-américains. Nous avons fait de même avec l’Union européenne en concluant l’Accord économique et commercial global ainsi qu’avec dix pays de l’Asie-Pacifique dans le cadre de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste.

Chaque accord contient une clause d’exception culturelle qui permet aux gouvernements du Canada de protéger et de promouvoir les industries culturelles comme le milieu cinématographique et télévisuel. Sur le plan de la politique publique, il y a une excellente raison d’en faire une priorité dans le cadre de tous nos partenariats commerciaux, car il ne fait aucun doute que les industries culturelles constituent un magnifique instrument de développement économique. Mais le cœur du problème est le suivant : chaque pays prospère est constitué de milliers de fils d’entente, d’entreprises communes et d’histoires communes.

Chaque pays prospère a besoin d’une « place du village » sur laquelle ses citoyens se réunissent pour discuter. Et il ne s’agit pas simplement de raconter des histoires réconfortantes sur nos innombrables qualités, ni de discourir sur la fierté qui devrait nous habiter. Notre pays a aussi besoin de faire son examen de conscience et d’effectuer certains rapprochements.

Cela va se produire de plus en plus, en tout ou en partie, au Canada et partout dans le monde, sur nos écrans, nos téléphones, nos tablettes, nos ordinateurs et nos télévisions, sous forme de textes, de chansons et d’images distribués numériquement.

Nous devons insister pour que des voix et des histoires canadiennes passent sur nos écrans à l’aide d’outils qui nous donnent un accès équitable au reste du monde. Un équilibre difficile à atteindre, qui nécessite la modernisation de notre approche de ce secteur, tant dans la manière dont nous le réglementons que dans la façon dont nous y investissons.

Les lois et les règlements canadiens concernant la radiodiffusion et la distribution cinématographique sont conçus pour le paysage médiatique des années 1980. Il est grand temps de moderniser notre système afin de faciliter la migration des publics canadiens vers les chaînes numériques. Actuellement, les pressions issues du contexte de la COVID-19 accélèrent cette transition.

Voici quelques idées pour nous mener à bon port.

1 Uniformiser les règles du jeu

Le numérique a dépassé le stade du démarrage; il est devenu le marché. Il est temps que la politique gouvernementale se mette à niveau. Actuellement, les radiodiffuseurs traditionnels doivent investir une partie de leurs recettes dans des productions canadiennes, mais les distributeurs numériques de tous bords n’y sont pas tenus. Or, un écran est un écran et un radiodiffuseur est un radiodiffuseur; tous les acteurs devraient être soumis aux mêmes règles et contribuer dans la même mesure à la prospérité du Canada.

Pour ce faire, il faut définir les conditions commerciales de base applicables à l’ensemble des radiodiffuseurs qui souhaitent exercer leurs activités au Canada et traiter le cas des créateurs canadiens (le respect de la propriété intellectuelles étant un premier point clé). Il faut aussi veiller à ce qu’une proportion appropriée des revenus bruts reste au Canada pour être recyclée en nouvelles productions canadiennes. Un dollar, c’est un dollar, quelle qu’en soit la source.

Au moment de la rédaction de cet article, un rapport  intitulé L’avenir des communications au Canada : le temps d’agir est entre les mains du gouvernement fédéral. Ce rapport du Groupe d’examen du cadre législatif en matière de radiodiffusion et de télécommunications présidé par l’avocate spécialisée en télécommunications, Janet Yale, a été soumis en janvier 2020 au ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie et au ministre du Patrimoine canadien. C’est un bon point de départ pour traiter bon nombre des enjeux actuels. Ce dont nous avons besoin maintenant, ce n’est pas d’une négociation avec les parties prenantes pour tenter de trouver un compromis boiteux, comme nous le faisons d’habitude. Ce dont nous avons besoin, c’est de l’audace et de la détermination nécessaires pour obtenir le résultat que nous voulons, le résultat pour lequel nous nous battons depuis dix ans dans le cadre de négociations commerciales.

2 Moderniser le système du crédit d’impôt

À l’instar de bien des éléments de notre environnement légal et réglementaire, notre système de crédit d’impôt est dépassé. Nous devons mettre à jour et moderniser ce système pour l’adapter aux marchés et aux publics numériques (et rationaliser son administration, tel que mentionné ci-haut).

3 Créer un fonds d’innovation et de formation

Finalement, le Canada doit prendre des mesures concrètes face au fait que des productions vont être créées et distribuées numériquement. Les scénaristes ont déjà à leur disposition des outils numériques spectaculaires qu’ils peuvent utiliser pour faire participer les spectateurs à leurs histoires. Dans un avenir proche, ces outils seront beaucoup plus abordables, plus faciles à utiliser et plus photoréalistes. Le Canada est déjà un pionnier et un chef de file dans le domaine de la technologie numérique. Dans le cadre du plan de rétablissement suite à la COVID-19, nous devons nous positionner pour nous hisser parmi les chefs de file mondiaux de la production numérique.

À cette fin, nous proposons un fonds d’envergure qui favorisera la formation d’artistes, de techniciens et d’ingénieurs numériques, accélérera la recherche-développement et la commercialisation des outils de production numériques et, finalement, aidera les entreprises de production et les créateurs canadiens à adopter ces outils.

Parmi de nombreux autres avantages, les outils de production numériques nous donnent l’occasion de ré-imaginer la technologie et les studios de production. Ils nous permettront ainsi d’instaurer un nouveau modèle de production plus sécuritaire, mois cher et hautement créatif. Ils constituent pour l’industrie canadienne la promesse et l’opportunité de prendre les devants.

La formation relative aux nouveaux outils numériques est la clé. En effet, il est nécessaire d’encourager la prochaine génération de créateurs canadiens en lui permettant de croître grâce à un investissement systématique dans tous les aspects de cette nouvelle forme de production. Pour cet faire, il faut accorder une aide financière à des organismes comme le Centre canadien du film ainsi que des programmes universitaires et collégiaux avant‑gardistes pour que la prochaine génération de scénaristes d’histoires à succès de la trempe des Clement Virgo, Sarah Polley et Sandra Oh puisse émerger et ouvrir la voie à cette remarquable occasion qui s’offre à la vision et à l’investissement canadiens.

Comme Janet Yale l’a dit aux ministres fédéraux dans son rapport : il est temps d’agir. Il est aussi temps de faire preuve d’audace, de surveiller de près l’évolution de la situation en insistant sur l’obtention de résultats tangibles, et de ne pas nous contenter de cocher une case après l’autre.

L’industrie cinématographique et télévisuelle recèle de bonnes occasions d’affaires sur la scène internationale, où nous savons déjà comment réussir. Sans oublier un objectif encore plus noble : retisser les liens, aujourd’hui numériques, qui nous unissent.

[1] Profil 2019, page 10.

[2] Profil 2019, page 13.

[3] Profil 2019, page 11.

[4] (Juin 2020). Rapport sur la COVID-19 du Comité consultatif ministériel pour la production cinématographique et télévisuelle au ministère des Industries du patrimoine, du sport, du tourisme et de la culture.

[5] En Ontario, les consignes sur la COVID-19 ont été publiées en juin. Voici les consignes de la Colombie‑Britannique.

Partenaires du secteur privé : Manuvie et Shopify

Partenaire de consultation : Deloitte

Gouvernement : Gouvernement du Canada

Gouvernements provinciaux : British Columbia SaskatchewanOntario et Québec

Partenaires de recherche : Conseil national de recherches Canada et Centre des Compétences futures

Fondations: Metcalf Foundation

FPP tient à reconnaître que les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux des partenaires du projet.

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