Les actifs intangibles constituent désormais la pierre angulaire de la concurrence, et la « guerre froide » technologique entre les États-Unis et la Chine change les hypothèses relatives au commerce mondial et à la géopolitique. Les auteurs Robert Asselin, Sean Speer et Royce Mendes plaident en faveur d’une réponse politique audacieuse qui permettra de s’adapter à ces tendances géoéconomiques, soit une stratégie industrielle axée sur les défis pour conférer au Canada un avantage économique alors qu’il se remet de la crise de la COVID-19.

Résumé

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Le monde change et les politiques publiques en place depuis longtemps au Canada doivent s’adapter en conséquence. Le consensus de Washington, qui façonne les politiques économiques nationales et les institutions mondiales selon le moule du laissez-faire depuis environ 40 ans, est remis en question par deux nouvelles réalités géoéconomiques que les décideurs politiques canadiens ne peuvent se permettre de négliger.

Le premier en est que l’économie d’aujourd’hui est radicalement différente de l’économie de production du XXe siècle. Le passage à une économie immatérielle, qui a pour moteur des actifs intangibles tels que la propriété intellectuelle, les logiciels, les données et les marques, transforme les sources de valeur économique et les personnes qui y participent. Ses attributs et ses caractéristiques uniques signifient que notre boîte à outils classique de politiques doit être mise à jour si le Canada veut cultiver des entreprises nationales innovantes qui peuvent être concurrentielles au niveau mondial à l’ère des actifs intangibles.

Le second en est que la « guerre froide » technologique entre les États-Unis et la Chine change les hypothèses relatives au commerce mondial et à la géopolitique. Cette rivalité refaçonne déjà radicalement les intérêts du Canada en matière d’économie et de sécurité. Le cas de l’extradition de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, montre à quel point le Canada est impliqué dans les tensions entre ses deux principaux partenaires commerciaux. En cette nouvelle ère où l’on accorde une importance particulière aux intérêts nationaux, le Canada ne peut plus se fier à un cadre multilatéral libéral, sur les sources traditionnelles d’activité économique, ni sur les États-Unis ou la Chine. D’autres pays réagissent à ces tendances géopolitiques en passant d’une approche de laissezfaire à un modèle impulsé par l’intérêt national axé sur les secteurs et technologies clés et basé sur des priorités et avantages concurrentiels nationaux. Pour rester compétitif, le Canada doit suivre une voie similaire qui sert ses propres intérêts.

Ces tendances géoéconomiques étaient déjà apparentes avant la pandémie mondiale de la COVID-19. Mais cette crise ne fera que les aggraver et les accélérer. L’expérience des dernières semaines exercera une pression supplémentaire sur la mondialisation et les principes économiques qui l’ont sous-tendue, de deux façons principales : une perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales entraînée par un regain d’intérêt pour la résilience des chaînes d’approvisionnement et la capacité de production nationale; et une accélération du découplage américano-chinois. Nous assistons déjà à une montée du nationalisme économique et à un regain d’intérêt pour le renforcement des capacités industrielles nationales. Les conséquences pourraient être rien moins qu’un nouveau paradigme économique.


Une telle stratégie industrielle axée sur les défis doit :


La convergence de ces tendances – dans son essence le retour de l’économie politique – exigera une réponse politique audacieuse de la part des acteurs politiques canadiens : une nouvelle politique industrielle tournée vers l’avenir. Cela a pu paraître une affirmation contentieuse dans le passé. Pourtant, l’évidence en est plus nette tous les jours. D’autres pays s’orientent de plus en plus dans cette direction pour soutenir les industries productives au nom de la sécurité nationale, du développement économique et de la réponse aux situations d’urgence. Et, étant donné les sommes que le gouvernement fédéral canadien consacre déjà aux programmes industriels, la poursuite d’une stratégie industrielle peut être vue comme un déploiement cohérent et intentionnel des ressources publiques plutôt que comme une nouvelle forme de dirigisme.

La façon dont le Canada naviguera dans ce nouveau monde de nationalisme économique, de politique industrielle et de tensions entre les États-Unis et la Chine sera la question la plus importante pour les décideurs au cours des prochaines années. La conception et la mise en oeuvre d’une stratégie nationale pour cultiver l’investissement, l’innovation et la part de marché mondiale dans des secteurs clés de l’économie des actifs intangibles seront essentielles aux intérêts économiques et géopolitiques du Canada.

Une telle stratégie industrielle axée sur les défis à relever, comme le propose le rapport, situerait les forces industrielles préexistantes du Canada à l’intersection d’enjeux sociétaux pressants. En harmonisant les politiques aux enjeux tels que les changements climatiques, les villes et communautés intelligentes ou la santé publique et le vieillissement démographique, ce type de stratégie servirait d’étoile polaire pour mobiliser les ressources publiques et privées afin de relever ces défis à moyen et long terme. En somme, une stratégie industrielle axée sur les défis à relever utiliserait les enjeux sociétaux pressants pour tirer parti d’avantages compétitifs (et exportables) en cette ère d’actifs intangibles.

En particulier, le Canada doit s’appuyer sur un mélange de dépenses publiques et privées en R et D pour alimenter l’innovation commercialisable. La capacité du Canada à tirer parti de son capital humain et intellectuel pour commercialiser des produits et services canadiens est le principal facteur qui déterminera sa croissance, sa productivité et l’amélioration du niveau de vie de sa population dans l’économie du XXIe siècle.

Le Canada ne peut pas se permettre d’être complaisant. Nos décideurs politiques doivent se résoudre à relever les défis les plus pressants du pays en cette période de changements technologiques et géopolitiques transformationnels. Une stratégie industrielle axée sur les défis offre une voie à suivre, une nouvelle étoile polaire pour le Canada et son économie.

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